Lundi 6 décembre 2021 - Workshop Penser l'héritage 6

Le CRHI organise, dans le cadre de la chaire d'excellence UCAjedi Reconsidering Inheritance, un sixième workshop international "Penser l'héritage". Ce sixième workshop aura lieu le lundi 6 décembre 2021, de 9h à 12h, en distanciel. Intitulé "Héritage et féminisme au XIXe siècle", ce workshop déploiera comment la question de l'héritage a été, au XIXe siècle, un lieu d'élaboration des premières théories féministes. Anne VERJUS (Directrice de recherche au CNRS, laboratoire Triangle Lyon) y présentera une intervention intitulée "Transmission des biens et filiation par les femmes à l’époque des Révolutions : l’œuvre oubliée de James Henry Lawrence (1773-1840)". Stefania FERRANDO (post-doctorante en philosophie, EHESS) y présentera une intervention intitulée "De l’abolition de la place du père à l’abolition de l’héritage : Ma loi d’avenir de Claire Démar (1833)".

 

 

Workshop international PENSER L'HÉRITAGE 6


HÉRITAGE ET FÉMINISME AU XIXe SIÈCLE


avec
Anne VERJUS et Stefania FERRANDO

Lundi 6 décembre 2021, 9h-12h

(en distanciel, lien Zoom ci-dessous)

  

 

PROGRAMME

9h-10h - Anne VERJUS - Transmission des biens et filiation par les femmes à l’époque des Révolutions : l’œuvre oubliée de James Henry Lawrence (1773-1840)

Présentation d'Anne VERJUS :
Politiste et socio-historienne, Anne VERJUS  est directrice de recherche au CNRS au sein du laboratoire TRIANGLE (Lyon) qu'elle dirige. Elle a travaillé sur la citoyenneté politique des femmes à l’époque de la Révolution, sur le couple et la famille comme système de représentation et de division des genres, et s’oriente actuellement vers la sociologie historique des sexualités. Elle est l'auteure de : Le bon mari. Une histoire politique des hommes et des femmes à l’époque révolutionnaire (Fayard, 2010), et avec Denise Zara Davidson de Le Roman conjugal. Chroniques de la vie familiale à l’époque de la révolution et de l’empire (Champ Vallon, 2011).

Résumé de l'intervention :
James Henry Lawrence est un auteur anglais qui publie, en trois langues et sur une durée d’un demi siècle, entre 1793 et la fin des années 1830, une quinzaine d’éditions différentes d’une même oeuvre : L’Empire des Nairs. Peu connu aujourd’hui, largement diffusé dans les cercles radicaux de son vivant, il est l’un des rares penseurs de son époque à proposer une abolition du patriarcat par la suppression du mariage et de la paternité. Ce qui le motive n’est pourtant pas la libération des femmes mais l’authenticité de la filiation. Car l’émancipation des femmes vient comme une conséquence et non comme une finalité de son système aristocratique : la transmission des biens et du nom par les mères, seule garante à ses yeux d’une vérité de la filiation, garantit à celles-ci leur autonomie juridique et leur indépendance économique. L’éloge que les Saint Simoniennes feront de son livre témoigne de la proximité de vues entre les premières féministes et cet aristocrate convaincu et iconoclaste. Nous discuterons, dans cette communication, d’une part des conditions de possibilité, de circulation et de réception de cette œuvre atypique ; d’autre part d’un des nombreux paradoxes qui la traversent : comment peut-on être aristocrate, anti-moderne, adepte des Lumières et féministe en même temps ?

 

10h-11h - Stefania FERRANDO, De l’abolition de la place du père à l’abolition de l’héritage : Ma loi d’avenir de Claire Démar (1833)

Présentation de Stefania FERRANDO :
Stefania FERRANDO est post-doctorante en philosophie à l'EHESS dans le cadre du projet ANR ReMouS (Religions monothéistes et mouvements sociaux d’émancipation). Spécialiste du saint-simonisme et des courants féministes du XIXe siècle, elle a soutenu en 2015 une thèse de philosophie, menée sous la direction de B. Karsenti à l’EHESS et G. Duso à l’Université de Padoue, dans laquelle elle étudie la manière dont la question de la liberté des femmes était posée pendant la Révolution française et au sein du mouvement saint-simonien : question de l’accès des femmes à la politique, de leurs droits au sein de la famille, comme dans la sphère professionnelle. Ses recherches actuelles portent sur le rapport entre le langage politique féministe et le langage religieux. A partir du moment où les pratiques de liberté des femmes ont affaire aux corps et à la sexualité, il s’agit de comprendre si et comment l’élaboration de demandes de justice ainsi que la formulation de désirs et idéaux au sein des mouvements féministes sont confrontées aux traditions religieuses monothéistes. Dans cette perspective, elle s’intéresse tout particulièrement à la reprise de la tradition mystique chrétienne au sein du féminisme du XXe siècle.

Résumé de son intervention :
Cette intervention sera consacrée aux débats sur l’héritage qui surgissent au sein de l’école proto-socialiste saint-simonienne à compter des années 1830. Plus précisément, je me concentrerai sur les paroles des femmes qui interviennent dans ces discussions.
Si Saint-Simon a abordé la question de l’héritage à partir de l’ouverture des carrières qui accompagnait la fin d’une société de statuts et l’émergence d’une société de classes, ses disciples analysent plutôt les pratiques successorales à partir des conflits et des injustices d’une société de classe en formation.
Certaines femmes du mouvement interviennent dans les débats au sein desquels les propos sur l’abolition de l’héritage se relient aux transformations radicales de l’organisation familiale que le saint-simonisme envisage et cherche en partie à réaliser. Dans cette perspective, une place importante sera accordée dans l’intervention aux écrits de Claire Démar qui, en reprenant et en transformant les thèses de James Henry Lawrence, mobilise l’idée d’une transmission « ombilicale » de mère en fille. Il s’agit d’une transformation profonde de la conceptualisation de l’héritage, qui ne consiste pas dans la substitution de la mère au père au sein d’une structure qui resterait par ailleurs inchangée : elle en vient à mettre en cause radicalement la justice de l’héritage en tant que tel, et plus largement le sens et les formes de la transmission, jusqu’à problématiser la place sociale du père ainsi que les contraintes qui pèsent sur la sexualité des femmes.

 11h-12h - Discussion

 

PARTICIPER À LA RÉUNION ZOOM

https://univ-cotedazur.zoom.us/j/81229439631?pwd=RFBqcnN1U2NtT0RGeEg4dEVRMkRXUT09

ID de réunion : 812 2943 9631
Code secret : 039277

 

CONTACT

Mélanie Plouviez: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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