Mercredi 27 et jeudi 28 février 2019 - Colloque "Penser, dire, traduire"

Les mercredi 27 et jeudi 28 février 2019, le CRHI organise un colloque intitulé "Penser, dire, traduire" en collaboration avec l’Université linguistique d’État de Moscou. La manifestation aura lieu dans la salle du Conseil de la Faculté des Lettres, campus Carlone.

 

PENSER, DIRE, TRADUIRE

Les concepts, les mots et les choses

 Colloque organisé par le CRHI (EA 4318), en collaboration avec
l’Université linguistique d’État de Moscou.

 Nice – 27 et 28 février 2019

 Salle du Conseil - Faculté des Lettres, campus Carlone

 

Argument

Quels sont les rapports entre les mots et les choses ? Cette question concerne à la fois la philosophie, la littérature, et la linguistique. Nous proposons, lors d’une journée d’étude, de croiser nos approches à la lumière des problématiques élaborées au cours de l’histoire, jusqu’à la pensée contemporaine.

Dans le Cratyle, Platon oppose une conception « réaliste » du signe – où le signe entretient une relation avec la chose – à une conception « nominaliste » – où le signe est un simple outil de la pensée sans rapport avec la chose.

Aristote a affirmé le premier que « l’âme est d’une certaine manière tout ce qui est » (De anima, 431 b 21). Mais tout ce qui est ne se réduit pas à ce qui est pensé. Ce qui est dans l’âme – ou l’intelligence précise le Stagirite – est le concept de la pierre, non la pierre (431 b 29). La pensée n’accède donc qu’au concept de la chose, non à la chose. La réalité lui échappe-t-elle pour autant ?

Des poètes et des artistes travaillent à la création ou re-création d’une relation entre le signe et la réalité, qui justifie l’efficacité de la parole littéraire et le pouvoir poiétique de transformer le monde. La question pour eux est fondamentale : leur oeuvre est-elle un territoire purement linguistique, ou bien peut-elle révéler quelque chose du réel ?

Du point de vue philosophique, comment dire l’être de la chose si l’être de ce qu’elle est se réduit à ce que la pensée en dit ? Dire l’être, ce n’est pas ne rien dire ou dire le rien (Derrida, Sauf le nom). Il faut reconnaître avec Platon contre Parménide que le non-être est, c’est-à-dire distinguer le non-être de l’être dit, au sens de ce qui est d’une certaine manière dans l’âme – l’esse in intellectu – et le non-être absolu, au sens de ce qui est le contraire de l’être de la chose extérieure à la pensée – l’esse in re.

Ces questions demeurent centrales dans les processus de la création conceptuelle, littéraire et artistique, jusqu’à nos jours.


Toute tentative de saisir le sens, c’est-à-dire de l’identifier, est vouée à engendrer des paradoxes au gré desquels le sens se manifeste en se soustrayant à toute identification possible. Ces paradoxes prennent la forme de régressions proliférant à l’infini. Le sens ne peut avoir de stabilité objective par référence à une réalité extérieure, ni subjective par le moyen de la raison.

Cette fuite du sens ne cessera de produire du discours et de la signification, elle engendre une interprétation infinie rendant la traduction du même au même impossible. Le sens reste suspendu entre les mots et les choses dans la mesure où il n’y a pas un ordre stable de réalités immuables. Le réel est aussi fuyant et instable, mobile et imprévisible que le langage, il est événement, expérience, surgissement qui « fait sens ».


Si nulle correspondance ne rend concevable une adéquation entre l’intellect et ce qui est, tout devient jeu. L’absence de référence engendre l’oeuvre de la déconstruction qui rejette tout mot, tout concept, tout énoncé, à partir d’un fond, d’un texte premier. Un signe renvoie à un autre indéfiniment sans référent et sans sujet. Toute traduction ne peut, dès lors, avoir qu’un caractère testamentaire. Sans sujet et sans objet, le texte reste suspendu à lui-même, mis en abîme (Ab-grund). Le fondement (Grund) manque.

Toute explication et toute compréhension deviennent impossibles et doivent faire place à une pure invention donnant lieu à la création de néologismes, qui deviendra une activité proprement derridienne. Il s’agit d’expliquer le monde, en traduisant les manières d’en parler. Expliquer le monde, c’est le déconstruire. Le monde n’est pas le point d’arrivée, parce qu’il n’est pas le point de départ. Le point de départ n’est pas le monde, mais ce qui est dit sur le monde. « Le monde est représentation ».

Les choses, elles, demeurent innommables. On se souvient de cette légende de Magritte inscrite au-dessous d’une pipe dessinée par lui : « Ceci n’est pas une pipe »… Un écart abyssal sépare les mots des choses. Le langage cesse d’être uni à la pensée de ce qui est, il se désagrège. Il se diversifie ainsi en une multitude de pratiques langagières qui empêchent l’affirmation métaphysique d’une langue, d’un discours, d’une syntaxe. Le langage n’est plus appréhendé dans sa fonction expressive, comme ce qui véhicule une réalité subsistant objectivement en dehors du langage lui-même. « Tout est interprétation ».

En dehors d’une référence à un sujet et à un objet, ce qui compte n’est donc plus ce qui peut être pensé et conçu, mais la mise en système de mots qui ne renvoient ni aux choses ni à un auteur mais à eux-mêmes, autrement. La traduction ne peut être, dès lors, qu’un discours sur un discours ayant pour tâche de le transformer et de l’interpréter toujours. L’écriture, en l’absence de sujet et de référent, est ainsi disséminatrice et plurielle. Elle est pur avènement, un « jeu », et ne peut s’offrir à la traduction parce qu’elle ne peut rendre présentes des vérités permanentes et pensables. Le sens ne repose sur aucun fond, il surgit du sans-fond de l’écriture qui met hors-jeu tout sens indestructible, tout « signifié transcendantal ».

Les questions soulevées par cette approche feront l’objet des contributions et des échanges qui animeront ce colloque international et interdisciplinaire.

 

Programme

Programme en cours d'élaboration

 

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